La trilogie des elfes

Publié le par le hérisson

Il s'agit en fait de la réunion de trois livres écrits par Jean-Louis Fetjaine.
- le crépuscule des elfes
- la nuit des elfes
- l’heure des elfes
On peut bien entendu les classer dans le genre fantasy.
 
Ce gros volume de 920 pages revisite le cycle pré arthurien en s'attachant au personnage d'Uter Pendragon. Il propose aussi une nouvelle variation sur un thème souvent associé à la légende arthurienne dans les versions modernes, celui de l’opposition entre les vielles croyances de type celte qui tombent en désuétude face à l'émergence d'une religion dédiée à un dieu unique. Ici les vielles croyances sont "incarnées" par des personnages issus de la fantasy : elfes, nains, gobelins etc…

L’idée de départ est assez classique dans ce genre de récit. Il est question d’une terre sur laquelle vivent quatre peuples : les elfes, les nains, les hommes et les monstres. Tous sont les enfants de la déesse Dana: Les Tuatha Dé Dânann. Chaque peuple est associé à un des quatre éléments et est dépositaire d’un talisman qu’il se doit de protéger pour assurer sa survie et garantir l’équilibre du monde. Cet équilibre est instable. Les quatre races entrent souvent en conflits les unes avec les autres bien que les trois premières aient réussies à trouver un compromis après une guerre de dix années contre les monstres..

Le crépuscule des elfes débute quand l’alliance entre les trois races est mise en péril : un elfe des marais nommé Gaël aurait dérobé le talisman du peuple nain : l'épée que les hommes appellent Excalibur ! Un grand conseil, réunit en la ville de Loth, qui rassemble les rois des elfes, des nains et des hommes, décide d’envoyer un groupe composé des membres de chacune des races pour retrouver Gaël et découvrir la vérité. Ce groupe comprend notamment la reine des elfes prénommée Lliane et un jeune chevalier appelé Uter Le Brun…

La nuit des elfes intervient juste après que la quête de l'elfe Gaël ait été résolue. Elle décrit le parcours parallèle de Lliane qui est revenue dans le monde des elfes et a donnée naissance à une certaine Morgane, et celui d’Uter qui, assisté d'un étrange demi-elfe appelé Merlin, va finir par devenir Uter Pendragon pour rétablir l'ordre dans le royaume des hommes...

Dans L’heure des elfes Uter, va être confronté aux monstres (gobelins, trolls et autres Kobolds) qui envahissent son royaume et détruisent tout sur leur passage. Il va devoir trouver un moyen de les affronter s'il veut conserver son royaume et préserver l'avenir de son fils: Arthur ... 

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Si cet ouvrage réutilise et s'approprie des élements et des personnages de la matière de Bretagne (on retrouve Uter, Gorlois, Ygraine, Merlin, Morgane...), il est surtout, sans aucun doute, et en de nombreux points, inspiré par Le Seigneur des Anneaux : composition d'une compagnie après un conseil rassemblant toutes les races; l'introduction au tome 2 qui indique que l'histoire se passe dans « la terre du milieu »; existence d' un marais près des montagnes qui bordent le royaume des monstres dont le chef est le seigneur noir *.

Cependant, certains éléments s'éloignent heureusement de Tolkien, en particulier pour ce qui concerne les elfes. Chez Fetjaine, ils ont le teint bleu ou gris avec les cheveux souvent sombres. Ils paraissent froids. Ils sont quelques fois assez ambiguës y compris sexuellement, et pas nécessairement bons. Ils ont un coté terrible, sanguinaire et vampirique. On est loin des elfes de Tolkien, toujours trop nobles et trop parfait à mon sens !
Globalement toutes les races sont imparfaites, avec des qualités et des défauts. Seuls les gobelins semblent être nécessairement méchants. Mais le livre ne les abordent que très peu. (C’est à désespérer. A quand un gobelin pétris de bons sentiments et qui se joindraient à d’autres héros en quête de justice ?!)

Certaines parties sont un peu moins réussies que d'autres. Notamment le second livre qui m'a semblé un peu plus faible que les autres. Il propose des intrigues de cours assez réussies et un tournoi de chevalier des plus intéressants mais pas de grande ligne directrice avant la moitié de l'histoire. Il y a une vraie différence de rythme par rapport au premier et au dernier tome.
Par ailleurs une erreur d’édition semble s’être glissée dans le dernier chapitre. L’elfe jongleur Lilian est certainement confondu avec la reine des elfes qui se prénomme Lliane. C’est la seule explication que j’ai trouvée pour comprendre la fin de cette partie qui m’a dans un premier temps paru incompréhensible et incohérente. Cependant, cette interprétation semble infirmée par une simple ligne dans la troisième partie. Erreur de l’auteur cette fois ? Ce petit problème a légèrement parasité ma lecture. J’en suis resté à ma première interprétation qui semble la seule logique….

Un autre aspect a pu me déranger dans ce second livre: L’intervention du christianisme avec église, moine, abbé, référence à la bible et emploi du latin… L’utilisation du christianisme tel que nous le connaissons a presque pour effet d’étendre l’espace géographique et historique des hommes, un peu comme leur place dépassait d’un coup le cadre préalablement établit dans le premier livre (et également rappelé dans l'introduction au deuxième). L’importance des communautés naines et elfiques est par la même relativisée, amoindrie puisque ces deux peuples semblent eux totalement circonscrit à l’espace géographique qui leur était attribué au départ. 
Toute la question est alors de savoir si le christianisme est crée par quelques hommes et vécu par eux comme un récit imaginaire uniquement destiné à permettre un contrôle plus fort et global du monde et des populations, ou s'il provient d'autres peuples humains (des romains ?) qui vivent en dehors du monde qu'évoque le roman. L'histoire n’est pas assez développée pour répondre à cette interrogation et c'est à mon sens regrettable. Il aurait peut-être mieux valu évoquer une religion à dieu unique mais sans entrer dans trop de détail ou se référer trop explicitement au christiannisme. Le message serait passé sans créer de distortion entre l'importance accordée aux différents peuples...

Un dernier problème mais de moindre importance : Alors que le monde est sensé être composé de 4 grandes races, il s’avère assez rapidement qu’il existe aussi des gnomes, qui parlent, qui vivent dans des sociétés plus ou moins organisées sans que l’on sache très bien d’où ils sortent, sans que les vielles croyance expliquent leur présence...

Malgré ces défauts, et le sentiment que le roman aurait pu être un peu plus abouti, on se laisse quand même prendre assez facilement par l'histoire. Le style de Fetjaine est moderne, fluide, enlevé. Il capte le lecteur dès le début et incite toujours à continuer la lecture. L'aventure est bien menée avec globalement beaucoup d'action. On se laisse porter par elle sans problème. Les scènes de batailles sont réussies. Les intrigues plutôt bien distillées. L’idée des talismans dédiés à chaque peuple est bonne et plutôt bien exploitée. On retouvre ainsi Excalibur ou le Graal mais dans des versions inédites et originales. Ce point là est particulièrmeent bien pensé L'évocation de personnages issu du cycle arthurien permet de donner un certaine dimension au livre.

Au final, on a un livre de fantasy qui est loin d'être mauvais et qui réserve de bons moments. Peut-être ne réussit il pas à être convainquant dans tous ses aspects. On a le sentiment que l'auteur aurait pu mieux faire. Cela dit, je connais peu de livre de fantasy qui soit exempt de tout reproche ! Et on est quand même dans la moyenne haute du genre.


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( * un détail amusant : il est également désigné par l'expression « celui qui ne peut pas être nommé» ce qui fait un peu penser à Voldemort dans Harry Potter – Cependant, «HP à  l'école des sorciers » est sorti en 97 en anglais et en 98 en français -  Le Crépuscule des Elfes étant également sorti en 98, je laisse le bénéfice du doute à Fetjaine, d'autant plus que le procédé n'est pas tout à fait nouveau !)

Publié dans Feuillage

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